Nutri-Score généralisé : ce que les députés veulent vraiment changer (et quels produits y échapperaient)

Rendre le Nutri-Score obligatoire pourrait bouleverser nos habitudes alimentaires. Entre espoirs de transparence, inquiétudes des filières traditionnelles et menaces de sanctions financières, le débat prend une tournure bien plus large qu’une simple étiquette colorée.

Derrière cette mesure, une question persiste : que veulent exactement changer les députés, et pourquoi certains produits y échapperaient-ils ?

Pourquoi le Nutri-Score revient au cœur du débat

Depuis son lancement en 2017 en France, le Nutri-Score fait partie du paysage alimentaire. Conçu par des scientifiques experts en nutrition, il devait aider les consommateurs à mieux repérer la qualité nutritionnelle des aliments. Mais son adoption est restée volontaire, ce qui a limité son impact.

Résultat : même si près de deux marques sur trois présentes dans les rayons alimentaires français affichent aujourd’hui ce code de couleur allant du vert au rouge, l’information reste incomplète. Certains produits ultratransformés ne l’indiquent pas, tandis que d’autres catégories jouent la transparence.

Dans ce contexte, les députés ont déposé le 8 avril une proposition de loi transpartisane, soutenue par le gouvernement, pour rendre l’affichage obligatoire sur tous les produits emballés. L’objectif est clair : rendre la lecture nutritionnelle plus lisible et systématique, y compris dans un environnement où la malbouffe — des pizzas aux produits ultra-transformés — reste omniprésente.

Mais une exception de taille vient rebattre les cartes, et elle fait déjà polémique…

À lire :  Score environnemental E.Leclerc : ce que les experts reprochent vraiment à cet affichage censé guider vos achats

Ce que les députés veulent vraiment changer

La grande nouveauté portée par les parlementaires concerne l’obligation du Nutri-Score sur l’ensemble des emballages alimentaires. Ce marquage, visible d’un coup d’œil, deviendrait un outil incontournable pour orienter les achats. Un deuxième article du texte vise également à rendre son affichage obligatoire dans les publicités alimentaires.

Pour garantir son application, les députés ont introduit un mécanisme de sanction : une taxe équivalente à 2 % du chiffre d’affaires pour les industriels qui ne respecteraient pas l’obligation. Selon Sandrine Runel, députée socialiste et rapporteure du texte à l’Assemblée, cette taxe pourrait contribuer au financement de l’Assurance maladie.

Pour obtenir le soutien d’un large arc politique — des Écologistes aux Républicains, en passant par le Parti socialiste et Horizons — les rédacteurs ont toutefois inclus une exemption importante : les produits du terroir bénéficiant d’un label AOC (Appellation d’origine contrôlée) ou IGP (Indication géographique protégée). Ces produits, souvent issus de filières fragiles, n’auraient pas à afficher le Nutri-Score.

Ce choix est contesté par Serge Hercberg, le nutritionniste créateur du Nutri-Score, pour qui l’exemption compromet la cohérence du dispositif. Mais d’autres, comme le député Renaissance Jean-François Rousset, défendent cette exception, arguant du caractère ancestral de ces filières et de leur faible contribution aux problèmes alimentaires contemporains.

Reste à comprendre comment cette obligation pourrait être appliquée concrètement…

Comment fonctionnerait la généralisation du Nutri-Score

Pour les consommateurs, rien ne changerait dans le fonctionnement du Nutri-Score lui-même : une échelle de cinq lettres (A à E), associée à des couleurs du vert au rouge, positionnée directement sur l’emballage. Mais ce qui deviendrait nouveau, c’est l’absence totale d’option pour les industriels — hors produits AOC et IGP.

À lire :  Volailles de la Ferme du Terroir : un éleveur prépare ses bêtes pour un concours culinaire

Le texte prévoit une mise en œuvre simple : chaque fabricant devra calculer le score nutritionnel de son produit, afficher l’étiquette correspondante, puis mettre à jour l’emballage. L’obligation s’étendrait également aux publicités, afin d’éviter les messages trompeurs sur les produits trop sucrés, trop gras ou trop salés.

Les contrôles seraient assurés par les autorités compétentes, avec un risque financier clair pour les contrevenants : une taxe de 2 % de leur chiffre d’affaires, potentiellement lourde pour les grandes marques. Cette mesure constituerait un levier pour réduire le taux de non-affichage, encore important aujourd’hui.

Cette généralisation pourrait entrer en vigueur avant l’été, selon l’espoir des députés, après une première tentative échouée en décembre lors du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, repoussée à seulement trois voix près. Mais l’obligation ne pourra fonctionner que si les consommateurs comprennent son utilité…

Variations, controverses et enjeux pour les filières

L’exemption des produits du terroir labellisés AOC et IGP constitue la principale variation dans l’application du Nutri-Score obligatoire. Ces appellations concernent des produits comme le Roquefort, la Feta, le Piment d’Espelette ou encore certains jambons secs régionaux.

Plusieurs arguments sont avancés : préservation de traditions gastronomiques, fragilité économique de ces filières, et faible contribution à la surconsommation quotidienne de produits ultra-transformés. Pour Jean-François Rousset, si l’alimentation ne reposait que sur ces produits ancestraux, le débat serait tout autre.

Mais cette concession fait débat parmi les spécialistes de santé publique, qui rappellent que des produits comme certains fromages AOC sont parfois très salés ou très gras. La position de Serge Hercberg illustre ce dilemme, opposant santé publique et patrimoine gastronomique.

À lire :  Aliments ultratransformés : « On nous manipule exactement comme l'industrie du tabac l'a fait pendant des décennies »

Enfin, certains soulignent que le Nutri-Score pourrait évoluer pour mieux distinguer les produits bruts traditionnels des aliments industriels complexes, ouvrant la voie à de futures révisions.

Ce cadre varié introduit cependant un risque de confusion, qu’il faut comprendre pour éviter les contresens…

Les erreurs courantes et ce qu’il faut savoir

L’un des malentendus fréquents consiste à croire que le Nutri-Score évalue la qualité globale d’un aliment. En réalité, il mesure uniquement son profil nutritionnel : sel, sucre, fibres, graisses et énergie. Un fromage AOC exempté pourra donc être riche en graisses sans jamais l’afficher.

Autre confusion : certains pensent que les produits du terroir seraient automatiquement plus sains. L’exemption ne signifie pas cela, mais reflète une volonté politique de protéger des filières fragiles.

Beaucoup ignorent également que la généralisation avait déjà été envisagée lors du projet de loi de financement de la Sécurité sociale en décembre, mais rejetée à trois voix près. Cette information rappelle que le débat est politique autant que nutritionnel.

Pour naviguer dans ce paysage complexe, une idée s’impose…

Le Nutri-Score généralisé pourrait devenir un outil de lecture incontournable, à condition d’être compris dans toutes ses nuances. Rester attentif à ses indications, mais aussi à ses limites, permettrait d’en faire un véritable allié du quotidien.

4/5 - (15 votes)
Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.