Score environnemental E.Leclerc : ce que les experts reprochent vraiment à cet affichage censé guider vos achats

Comparer deux boîtes de conserves ou deux plats préparés en pensant choisir le plus « vert » semble enfin à portée de main. Pourtant, derrière cet affichage inédit, les experts voient plusieurs zones d’ombre qui peuvent brouiller vos choix. Et tant que vous ne savez pas ce que ce score mesure vraiment, il reste difficile d’en faire un outil fiable au quotidien.

Avant d’entrer dans les détails, un point intrigue particulièrement les spécialistes… et c’est là que tout commence.

Pourquoi ce nouveau score environnemental suscite autant d’attention

E.Leclerc affiche depuis le 15 avril un indicateur inédit : le « coût environnemental » de ses produits alimentaires. L’enseigne applique la méthodologie soutenue par l’Agence de la transition écologique (Ademe) et par le gouvernement, une première dans la grande distribution. Cette nouveauté concerne déjà 6 000 références de ses marques, de Marque Repère à Eco+ en passant par Nos Régions Ont du Talent.

Cette visibilité est attendue depuis longtemps. Les consommateurs souhaitent naviguer plus sereinement entre conserves de légumes, jus de fruits ou lasagnes surgelées en comprenant enfin leur impact réel sur la planète. L’objectif est clair : faciliter des choix éclairés, comme le fait déjà le Nutri-score pour la qualité nutritionnelle.

Mais la comparaison s’arrête là. Le score environnemental actuel n’a ni couleur, ni échelle simple, ni lettre allant de A à E. C’est un total de « points d’impact environnemental » : plus le chiffre est élevé, plus l’impact est négatif. Résultat : une boîte de champignons premier prix atteint 207 points, alors que la version de gamme supérieure avec origine France garantie tombe à 165 points. Une barquette de lasagnes bolognaise affiche 379 points, tandis que sa déclinaison chèvre-épinards sans viande descend à 181 points.

Ces chiffres peuvent exprimer une réalité environnementale, mais pas forcément de manière intuitive. Et c’est précisément ce qui interroge les associations de consommateurs. Ces limites ouvrent la voie à une question essentielle : ce score, pourtant officiel, est-il réellement compréhensible pour le public ?

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Cette interrogation pousse naturellement à examiner ce que reprochent exactement les experts à l’affichage mis en place par E.Leclerc.

Ce que l’indicateur révèle vraiment… et ce qui coince selon les experts

Le score repose sur l’analyse du cycle de vie (ACV) du produit. Cette méthode évalue chaque étape : production agricole, transformation industrielle, transport, distribution. Elle intègre une quinzaine de critères environnementaux, dont les émissions de gaz à effet de serre, les atteintes à la biodiversité ou la consommation d’eau. L’ambition est louable : proposer un indicateur complet et scientifiquement fondé.

Cependant, plusieurs critiques émergent. D’abord, la lisibilité. Olivier Andrault, chargé de mission pour l’association Que choisir ensemble, estime que cet affichage est « encore loin d’être satisfaisant ». Contrairement au Nutri-score, dont les lettres colorées permettent une lecture immédiate, un chiffre brut ne dit rien au premier regard. Sans repère visuel, impossible de savoir si 150 points est une bonne performance ou une alerte rouge.

Deuxième problème : l’unité choisie. Le score est calculé à l’unité de vente, sans tenir compte du poids du produit. Une grande pizza aura donc toujours plus de points qu’une petite, ce qui reflète son impact réel mais complique la comparaison. Exemple marquant : une boîte de gâteaux fourrés au chocolat bio affiche 76 points contre 211 pour la version conventionnelle. Une différence impressionnante, mais en partie due aux 50 g de poids en moins pour la version bio. Sans harmonisation au kilo, le consommateur peut interpréter ces chiffres de façon erronée.

Un affichage plus complet existe pourtant, incluant le score ramené au kilo. Il figure sur les documents de l’Ademe ou sur le communiqué de presse de E.Leclerc, mais, étonnamment, pas sur le site destiné aux clients. L’enseigne n’a pas apporté d’explication pour ce choix.

Enfin, la méthodologie elle-même suscite des tensions. La première version de la méthode officielle désavantageait fortement les produits bio à cause de leurs rendements plus faibles par hectare. Des correctifs ont été apportés, mais pour les associations, la méthode demeure imparfaite.

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Ces critiques posent une question essentielle : comment utiliser cet affichage de manière efficace malgré ces zones grises ?

Comment lire concrètement le score environnemental E.Leclerc

Pour interpréter correctement ce nouvel indicateur, il est utile de suivre une démarche simple. Ces étapes permettent de mieux se repérer, même si l’affichage n’est pas encore complètement stabilisé.

  • Commencez par repérer la valeur totale : elle représente l’impact global du produit à l’unité. Par exemple, 207 points pour une boîte de champignons Eco+.
  • Comparez uniquement des produits équivalents : deux conserves de champignons, deux jus d’orange, deux plats préparés. Comparer des formats ou des catégories différentes induit en erreur.
  • Intégrez la présence d’ingrédients sensibles : la viande rouge, par exemple, entraîne systématiquement une hausse de l’impact. C’est pourquoi la lasagne chèvre-épinards est à 181 points quand la bolognaise grimpe à 379 points.
  • Attention au poids du produit : si vous retrouvez l’information ramenée au kilo sur une fiche technique, utilisez-la en priorité. À défaut, comparez des variantes ayant des formats proches.
  • Prenez en compte les labels et origines : l’origine France garantie a contribué à réduire l’impact de la conserve de champignons plus haut de gamme (165 points au lieu de 207).

Cet ensemble de réflexes aide à s’y retrouver, mais il existe encore d’autres affichages concurrents. Et ce paysage fragmenté ajoute une nouvelle couche de complexité.

Les alternatives existantes et leurs avantages comme leurs limites

Le score environnemental ne fait pas consensus, si bien que plusieurs systèmes cohabitent. Intermarché, par exemple, opte pour un indicateur d’impact carbone plus restreint : il ne prend en compte que les émissions de gaz à effet de serre. L’enseigne préfère attendre la validation finale des modalités officielles avant d’aller plus loin.

D’autres distributeurs, comme Picard Surgelés, utilisent le Planet-score. Ce système, porté par une entreprise privée, distingue particulièrement bien les produits bio et propose une lecture visuelle de A à E avec un code couleur, comme le Nutri-score. Les associations comme Que choisir ensemble y voient une meilleure différenciation entre produits d’une même catégorie.

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Mais cet affichage concurrent n’est pas exempt de controverses. Ses opposants dénoncent un manque de transparence quant à ses calculs et reprochent des notes étonnamment indulgentes pour certains produits contenant de la viande rouge, malgré les impacts reconnus de l’élevage sur le climat. L’entreprise a répondu longuement à ces critiques et publie une donnée marquante : 76 % des milliers de produits issus de l’élevage évalués obtiennent un D ou E.

Ces débats ont eu une conséquence inattendue : Biocoop a décidé de se « désengager progressivement » du Planet-score, alors même que l’enseigne bio en était l’un des principaux soutiens. Sur certains produits Biocoop, l’affichage est déjà imprimé. Pourtant, l’enseigne refuse de se rallier au score gouvernemental, jugé trop simpliste et peu compréhensible.

Cette diversité d’approches montre bien que la question n’est pas encore tranchée. Et pour les consommateurs, cela signifie qu’il faut manipuler ces indicateurs avec prudence.

Les pièges les plus fréquents à éviter

Pour mieux comprendre les scores, il est important de connaître les erreurs courantes.

  • Ne jamais comparer des produits de catégories différentes : un plat cuisiné et une conserve de légumes n’ont rien à voir en termes de cycle de vie.
  • Ne pas se fier au seul score unitaire : un format réduit affichera naturellement un meilleur score, même si sa composition est identique.
  • Ne pas confondre impact environnemental et qualité nutritionnelle : un produit peu impactant n’est pas nécessairement sain, comme le montre l’affichage séparé Nutri-score + coût environnemental sur le site d’E.Leclerc.
  • Ne pas oublier les ingrédients à fort impact : viande rouge, produits ultra-transformés, procédés industriels gourmands en énergie.

Comprendre ces limites permet d’utiliser ces outils avec discernement et de garder en tête l’idée principale : ce sont des aides, pas des vérités absolues.

Les affichages environnementaux évoluent constamment et les méthodes se stabilisent lentement. En attendant, la meilleure approche consiste à rester attentif aux repères essentiels et à observer comment les enseignes affinent leurs outils. Chaque amélioration vise un objectif : rendre vos choix plus éclairés sans vous perdre dans la complexité des calculs.

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Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.