Collectes alimentaires : cette proposition de loi obligerait les supermarchés à renoncer aux profits sur vos dons

Lors des collectes alimentaires, beaucoup pensent offrir directement un produit à une famille dans le besoin. Pourtant, un détail invisible au moment du passage en caisse crée un malaise grandissant. Ce détail, c’est la marge réalisée par certains supermarchés sur vos dons. Une nouvelle proposition de loi pourrait tout changer, et son impact va bien au-delà de quelques centimes par produit.

Cette mesure pourrait transformer la solidarité à grande échelle, mais surtout protéger l’intention des consommateurs. Encore faut-il comprendre pourquoi cette question revient aujourd’hui sur la table des parlementaires.

Pourquoi le débat sur les collectes alimentaires revient avec force

Lors d’une collecte, vous achetez un paquet de pâtes, de riz ou de produits d’hygiène pour soutenir une association. Simple, efficace, immédiat. Pourtant, dans la plupart des enseignes, ce produit reste un article comme les autres. Il génère une marge, qui tombe dans la caisse du supermarché.

Pour beaucoup, cette pratique crée un malaise. Vous faites un geste de solidarité. Mais l’enseigne réalise un bénéfice sur votre acte. Ce décalage est précisément ce que dénoncent plusieurs acteurs, dont le réseau Biocoop et ses responsables locaux. À Janzé et Châteaugiron en Ille-et-Vilaine, les magasins Biocoop-Les Pieds sur terre, dirigés par Pierre-Yves Ruan, organisent leur collecte annuelle les 12 et 13 juin. Ces collectes, réalisées avec des bénévoles des épiceries sociales Epi’com et Notre Épicerie Solidaire – Retiers, concernent des denrées alimentaires et des produits d’hygiène.

Depuis cinq ans, ces deux magasins renoncent systématiquement à leurs marges sur les produits destinés au don. Selon Pierre-Yves Ruan, « le client achète un paquet de pâtes pour lui et un autre pour l’association ». Pour lui et pour l’ensemble du réseau Biocoop, il serait moralement incohérent de “surfer sur la solidarité” de ces consommateurs.

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Ce geste représente environ 300 euros de marge abandonnée par collecte et par point de vente. Cet argent est reversé directement aux épiceries solidaires partenaires pour soutenir leur fonctionnement. Une somme modeste, mais symboliquement puissante.

Ce n’est pourtant pas la norme ailleurs. Et cela explique pourquoi la discussion législative prend de l’ampleur.

La proposition de loi : mettre fin aux marges sur les dons

Face à ces pratiques variées d’un réseau à l’autre, une trentaine de députés réfléchissent aujourd’hui à une mesure simple : obliger les supermarchés à renoncer à leurs marges sur les produits achetés par les clients dans le cadre d’une collecte solidaire.

Le député écologiste du Rhône, Boris Tavernier, est celui qui porte cette proposition. Pour lui, l’objectif est clair : “il s’agit juste de demander à la grande distribution de ne pas gagner de l’argent sur la solidarité des citoyens”. Le principe repose sur une logique éthique, mais aussi sur la transparence.

D’après Henri Godron, président de la coopérative Biocoop, la mise en œuvre serait très simple. Lors d’une collecte, les associations scannent les produits donnés et une liste précise se génère automatiquement. Il suffit ensuite aux enseignes de calculer les marges correspondantes et de les reverser à l’association concernée.

Aucune transformation des processus en magasin, aucune logistique complexe, aucun coût supplémentaire majeur. Juste une étape administrative pour redistribuer ce qui, moralement, ne devrait jamais être conservé.

Cette proposition de loi vise donc à harmoniser les pratiques, pour que la solidarité ne soit plus un vecteur de profit involontaire. Mais comment cela fonctionnerait-il concrètement pour les enseignes ?

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Comment fonctionnerait l’abandon obligatoire des marges

Si la loi était adoptée, chaque collecte alimentaire suivrait un processus simple et transparent. Voici comment il pourrait se dérouler, sur la base des pratiques déjà en vigueur chez Biocoop.

  • 1. Identification des produits collectés. Les bénévoles et associations scannent chaque article donné. Ce système existe déjà dans les collectes nationales pilotées avec les Banques Alimentaires.
  • 2. Calcul automatique des marges. Une fois les produits identifiés, l’enseigne dispose instantanément du prix d’achat, du prix de vente et donc de la marge réalisée.
  • 3. Reverser la marge à l’association. Le magasin verse ensuite le montant total correspondant aux marges à l’association partenaire. Chez Biocoop, cela représente environ 300 euros par collecte et par magasin.
  • 4. Affectation aux frais de fonctionnement. Les épiceries sociales et solidaires utilisent ces sommes pour financer leur activité quotidienne : véhicules de livraison, achats complémentaires, frais administratifs, équipements logistiques.

Pour les consommateurs, rien ne change au passage en caisse. Pour les associations, cela signifie plus de moyens. Et pour les enseignes, il s’agit d’un effort limité mais symboliquement essentiel.

Cette approche ouvre la voie à une prise de conscience plus large sur le rôle de la grande distribution dans la solidarité nationale. Mais elle soulève aussi des questions pratiques et des alternatives possibles.

Variations, pistes complémentaires et bonnes pratiques dans la solidarité alimentaire

L’abandon des marges n’est qu’une piste parmi d’autres pour renforcer l’impact des collectes. Plusieurs leviers complémentaires peuvent être envisagés, inspirés d’initiatives déjà présentes sur le terrain.

  • Les “listes optimisées” de produits : les associations recommandent souvent des produits incontournables comme les pâtes, le riz, l’huile, le lait longue conservation, les conserves de légumes ou les produits d’hygiène. Ces listes permettent d’éviter les surplus de produits peu utiles.
  • Les collectes de produits non alimentaires : couches, savon, dentifrice, protections périodiques, lingettes. Ces catégories sont très demandées et souvent absentes des stocks des associations.
  • Les dons monétaires fléchés : un euro donné en caisse permet à certaines associations d’acheter précisément ce qui manque. Le don financier peut également ouvrir droit à une réduction fiscale.
  • La mobilisation des systèmes anti-gaspillage : les enseignes collaborent de plus en plus avec les plateformes de dons ou de revalorisation alimentaire pour limiter les pertes sur les produits proches de la date limite.
  • Les partenariats locaux renforcés : un magasin qui travaille toute l’année avec une association connaît mieux ses besoins. Cela permet des collectes plus efficaces et mieux ciblées.
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Ces pistes montrent que la solidarité alimentaire ne se limite pas à la journée de collecte. Elle repose sur une chaîne de gestes complémentaires. Mais certaines erreurs reviennent encore trop souvent.

Les erreurs fréquentes autour des collectes alimentaires

Plusieurs malentendus persistent lorsque les consommateurs ou les enseignes participent aux collectes. Ils peuvent réduire l’impact réel de la solidarité.

  • Donner des produits peu utiles : sauces, friandises ou spécialités rares. Les associations privilégient les aliments de base et les produits du quotidien.
  • Oublier l’importance des produits d’hygiène : ils sont essentiels et rarement donnés, alors que la demande est forte.
  • Penser que les supermarchés ne profitent jamais des collectes : la proposition de loi naît justement de la diversité des pratiques, encore loin d’être homogènes.
  • Sous-estimer le rôle des marges : 300 euros par collecte et par magasin peuvent financer des actions concrètes dans une épicerie solidaire.

Comprendre ces points vous permet de renforcer l’efficacité de vos dons et de soutenir plus directement les associations.

Cette proposition de loi pourrait redéfinir les règles du jeu. Et si elle est adoptée, elle offrirait un cadre plus juste et plus transparent pour tous.

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Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.