Faim dans le monde : 10 pays concentrent les deux tiers des personnes les plus touchées, selon un rapport ONU

La carte mondiale de la faim évolue vite, mais un constat s’impose déjà : une poignée de pays concentre une part écrasante des personnes les plus touchées. Le nouveau rapport soutenu par l’ONU révèle une réalité plus dure encore que prévu. Derrière ces chiffres se cachent des vies déplacées, des récoltes compromises et des systèmes agricoles mis à genoux.

Cette analyse met en lumière un basculement inquiétant, dont l’ampleur dépasse largement les frontières des nations affectées. Car si les chiffres frappent, les dynamiques qui les provoquent préoccupent encore davantage.

Une crise mondiale qui s’intensifie chaque année

L’insécurité alimentaire aiguë progresse à un rythme alarmant. Le rapport mondial sur les crises alimentaires, appuyé par l’ONU, l’Union européenne et plusieurs organisations humanitaires, montre que près de 266 millions de personnes dans 47 pays ou territoires ont souffert de niveaux élevés de faim en 2025. Ce chiffre est presque deux fois supérieur à celui enregistré en 2016. Cette évolution rapide montre que les systèmes de prévention et d’intervention humanitaires ne parviennent plus à suivre l’ampleur des besoins.

Les conflits demeurent le moteur principal de cette dégradation. De l’Afrique centrale au Moyen-Orient en passant par l’Asie du Sud, les affrontements armés bouleversent les chaînes d’approvisionnement, déplacent des millions de personnes et détruisent les capacités locales de production agricole. La pression s’intensifie également sous l’effet des phénomènes climatiques extrêmes, qui aggravent les sécheresses, les inondations et les pertes de récoltes.

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C’est dans ce contexte que les financements pour l’aide humanitaire connaissent une baisse marquée. Cette contraction complique encore l’accès aux populations les plus vulnérables. Or, sans soutien massif, les avancées enregistrées dans certains pays risquent d’être anéanties durablement. Un risque que souligne clairement le rapport, et qui soulève une question essentielle : que révèle la concentration extrême de cette crise ?

La réponse se trouve dans une liste de pays que le rapport décrit comme les épicentres de la faim mondiale.

Dix pays concentrent les deux tiers des victimes de la faim aiguë

Le constat est sans appel : dix pays regroupent la majorité des personnes touchées par des crises alimentaires aiguës. L’Afghanistan, le Bangladesh, la République démocratique du Congo, la Birmanie, le Nigeria, le Pakistan, le Soudan du Sud, le Soudan, la Syrie et le Yémen composent cette liste.

Le Soudan, le Nigeria et la RDC représentent à eux seuls un tiers de la totalité des personnes affectées dans le monde. Cette concentration géographique n’est pas anodine. Elle reflète des contextes fragiles, marqués par des conflits persistants, une gouvernance instable et des systèmes agricoles lourdement dépendants de facteurs externes.

Malgré quelques améliorations ponctuelles au Bangladesh ou en Syrie, les progrès ont été annulés par des détériorations majeures dans d’autres pays comme l’Afghanistan, la Birmanie ou encore le Zimbabwe. Pour la première fois en dix éditions, le rapport confirme même la présence d’une famine dans deux contextes distincts au cours de la même année : dans la bande de Gaza et dans certaines régions du Soudan.

Cette simultanéité signale une aggravation du phénomène et laisse entrevoir des perspectives particulièrement sombres pour 2026. Mais cette dynamique trouve aussi son origine dans des facteurs globaux, auxquels aucun pays n’échappe.

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Des chocs mondiaux qui frappent la production agricole

Les tensions au Moyen-Orient jouent un rôle central dans la flambée de l’insécurité alimentaire. Le rapport alerte sur plusieurs mécanismes qui risquent d’aggraver les crises existantes. D’abord, l’augmentation du nombre de déplacés dans une région déjà saturée d’exilés. Ensuite, la hausse spectaculaire du coût des engrais, largement dépendants des dérivés du pétrole.

Le blocage du détroit d’Ormuz, route maritime essentielle pour l’approvisionnement mondial en pétrole, a fait bondir les prix de l’énergie et des intrants agricoles. Selon Alvaro Lario, président du FIDA, cette hausse constitue un choc alimentaire majeur. Elle intervient alors que la saison des semis est en cours dans de nombreuses régions, ce qui risque d’entraîner un impact massif sur la production mondiale.

La dépendance aux engrais de synthèse crée un effet domino : leur renchérissement entraîne des baisses de rendements, qui alimentent à leur tour la pénurie et la hausse des prix alimentaires. Face à cette spirale, le FIDA appelle à soutenir davantage les petits exploitants agricoles, qui représentent l’épine dorsale de la production vivrière dans les pays les plus vulnérables.

Mais l’enjeu dépasse la seule question des intrants. Il s’agit aussi de renforcer durablement la résilience agricole, en investissant dans l’eau, les infrastructures rurales et les cultures capables de supporter les chocs climatiques. Pour autant, ces solutions nécessitent un financement stable, aujourd’hui fragilisé.

Comment renforcer la résilience alimentaire : pistes concrètes

Le rapport et les experts mettent en avant plusieurs approches capables d’atténuer la crise si elles sont mises en œuvre de manière coordonnée.

1. Développer la production locale d’engrais

  • Réduire la dépendance aux intrants pétroliers permet de limiter l’impact des fluctuations géopolitiques.
  • Produire des engrais organiques favorise une meilleure santé des sols et diminue les besoins en engrais chimiques.
  • Les initiatives communautaires, encore rares, pourraient aider les petits agriculteurs à stabiliser leurs rendements.
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2. Investir dans l’eau et l’irrigation

  • Les systèmes d’irrigation gravitaires ou goutte-à-goutte réduisent les pertes hydriques.
  • La gestion de l’eau est essentielle dans les pays marqués par des sécheresses répétées.
  • Des investissements ciblés peuvent doubler ou tripler les rendements de certaines cultures vivrières.

3. Promouvoir des cultures résilientes au climat

  • Le sorgho, le millet, le niébé ou certaines variétés de manioc résistent mieux aux stress hydriques.
  • Ces cultures permettent de sécuriser l’alimentation des ménages, même en année difficile.
  • Leur adoption reste toutefois limitée faute d’accompagnement technique.

4. Encourager l’investissement privé local

  • Le FIDA insiste sur la nécessité de créer des incitations adaptées.
  • Un secteur privé local dynamique peut renforcer les chaînes de valeur agricoles.
  • Une meilleure structuration des marchés permet une distribution plus efficace des produits.

Ces pistes ne suffiront toutefois que si les financements internationaux suivent. Or, leur baisse constitue aujourd’hui l’un des principaux risques d’aggravation de la crise.

Des erreurs courantes et des angles morts à ne plus ignorer

Plusieurs facteurs empêchent la lutte contre la faim de gagner en efficacité. Premièrement, la dépendance excessive aux importations d’engrais fragilise les pays vulnérables dès qu’un choc géopolitique survient. Ensuite, les politiques agricoles privilégient souvent les cultures d’exportation, au détriment de la sécurité alimentaire locale.

Beaucoup de programmes négligent la question des sols. Sans restauration de la fertilité, même les apports d’engrais ne suffisent plus. Enfin, les systèmes humanitaires sont contraints par des financements annuels, qui empêchent la mise en place de stratégies de long terme.

Ces angles morts doivent être corrigés rapidement pour éviter la répétition des mêmes échecs.

Les tendances décrites dans le rapport dressent un tableau préoccupant, mais les leviers d’action existent. Renforcer les systèmes agricoles locaux, stabiliser les financements et limiter les dépendances externes sont autant de conditions indispensables pour éviter que d’autres régions ne rejoignent la liste des zones les plus touchées.

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Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.