Street food à Bangkok : pourquoi des centaines de vendeurs emblématiques disparaissent des trottoirs de la ville

Les silhouettes familières qui préparent des brochettes grillées, des nouilles sautées ou des gâteaux de riz gluant disparaissent peu à peu des trottoirs de Bangkok. Pour beaucoup, c’est un bouleversement qui change l’âme même de la capitale thaïlandaise. Pourtant, derrière cette disparition progressive se cache une réalité plus complexe qu’il n’y paraît.

Un paysage culinaire en pleine mutation

La street food a longtemps façonné l’identité de Bangkok. Des effluves d’ail, de piment ou de viande grillée accompagnaient chaque déplacement dans cette ville de plus de dix millions d’habitants. Des centaines de milliers de personnes, habitants comme touristes, y trouvaient chaque jour de quoi se restaurer à toute heure.

Mais cette abondance s’accompagne d’un autre phénomène. Les trottoirs, souvent étroits, deviennent difficiles à parcourir lorsque les stands y occupent la majorité de l’espace. Les autorités tentent depuis plusieurs années de répondre à ce problème en déplaçant les vendeurs vers des marchés organisés.

Selon la Bangkok Metropolitan Administration (BMA), la situation a radicalement évolué. Depuis 2022, le nombre estimé de vendeurs ambulants a chuté de plus de soixante pour cent, soit environ dix mille vendeurs en moins dans les rues. Une mutation massive qui témoigne de l’ampleur des changements en cours.

Beaucoup de commerçants ressentent une fragilité nouvelle et cherchent à comprendre ce que ces transformations signifient pour eux. Cette inquiétude prépare le terrain pour comprendre les raisons réelles derrière ce phénomène.

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Pourquoi les vendeurs quittent les trottoirs

Les autorités bangkokiennes ont lancé une politique visant à « faire le ménage » dans les rues, selon l’expression souvent employée sur le terrain. L’objectif principal : garantir une circulation piétonne plus fluide et réduire les encombrements sur les axes les plus fréquentés.

Les agents de la BMA expliquent que les vendeurs installés sur des trottoirs très animés ont été les premiers concernés. Les stands qui bloquent des rues entières ou restreignent le passage des piétons sont désormais déplacés vers des zones définies. Ceux situés dans des quartiers moins denses ou très prisés des touristes bénéficient toutefois d’une certaine souplesse.

Pour beaucoup, ce changement est synonyme de précarité. Looknam Sinwirakit, vendeuse de gâteaux de riz gluant frits vendus cinquante bahts l’unité, en fait l’expérience. Après une amende de mille bahts pour avoir obstrué une rue de Chinatown, elle explique continuer sur place car l’emplacement reste rentable. Mais elle sait aussi que si les autorités lui demandent de partir, elle n’aura pas d’alternative viable.

D’autres, comme Wong Jaidee, vendeur de durians depuis vingt ans, redoutent un déplacement forcé. Lui aussi confie n’avoir « pas de plan B ». Vivre et travailler à Bangkok coûte cher, et retrouver une activité rentable ailleurs devient un défi difficile à relever. Ces situations montrent que les règles, même justifiées, ont un effet direct sur la survie économique de milliers de personnes.

Pourtant, les responsables municipaux assurent accompagner ces transitions. Ils affirment offrir plusieurs mois à certains vendeurs pour trouver un nouvel emplacement et communiquent régulièrement avec eux. Une politique intermédiaire qui tente d’équilibrer impératifs urbains et réalités humaines.

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Comment fonctionne la relocalisation des vendeurs

Pour remplacer les installations sur les trottoirs, la BMA a fait créer des centres de restauration dédiés. Cinq grands sites ont déjà vu le jour, chacun conçu pour accueillir plusieurs dizaines de stands. L’un d’eux abrite désormais une dizaine de vendeurs auparavant installés dans les rues voisines.

Ces espaces offrent plusieurs avantages. Les vendeurs y paient un loyer fixe, soixante bahts par jour, et bénéficient d’un accès fiable à l’eau et à l’électricité. L’environnement y est plus propre, plus structuré et plus protégé des aléas climatiques.

Panissara Piyasomroj, qui vend des nouilles aux joggeurs depuis 2004, a accepté ce changement. Elle apprécie aujourd’hui de pouvoir travailler à l’abri, dans un espace mieux équipé. Pour elle, son activité a été « revalorisée » grâce à cette mutation.

D’autres vendeurs hésitent davantage. Thitisakulthip Sang-uamsap, soixante-sept ans, vend des beignets de légumes frits depuis plus de quarante ans dans le même quartier. L’idée de quitter cet emplacement familier l’inquiète profondément. Elle espère que les autorités feront preuve de clémence pour les vendeurs âgés ou aux revenus modestes. Ces réactions montrent que la relocalisation fonctionne, mais qu’elle ne répond pas à toutes les situations.

Conseils et pistes pour préserver la culture street food

La transition vers des espaces organisés peut s’étaler et se décliner de plusieurs façons selon les quartiers. Plusieurs actions contribuent à préserver la diversité culinaire qui fait la renommée de Bangkok.

  • Adapter les horaires d’ouverture pour limiter les conflits de circulation, notamment dans les zones touristiques comme Chinatown ou Silom.
  • Encourager la création de marchés en semi-plein-air, permettant de conserver l’ambiance typique tout en améliorant la sécurité et la propreté.
  • Soutenir financièrement les vendeurs les plus précaires lors du passage vers un stand payant.
  • Promouvoir les spécialités traditionnelles comme les calamars grillés, les brochettes moo ping ou les gâteaux de riz gluant pour maintenir l’identité culinaire.
  • Valoriser les quartiers populaires où les stands restent autorisés, afin d’en faire des pôles culturels vivants.
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Ces pistes permettent de maintenir un équilibre entre régulation urbaine et transmission d’un patrimoine culinaire unique. Mais elles ne suffisent pas si les vendeurs eux-mêmes n’y trouvent pas leur place.

Les erreurs d’interprétation fréquentes

Beaucoup pensent que la street food disparaît totalement, ce qui n’est pas le cas. La BMA ne vise pas l’interdiction, mais la réorganisation. Plusieurs vendeurs continuent d’exercer, notamment dans les zones touristiques où une souplesse particulière est accordée.

Une autre idée répandue consiste à croire que les nouvelles zones sont forcément moins rentables. Si certains le vivent ainsi, d’autres constatent au contraire une amélioration grâce aux équipements disponibles et à un environnement plus stable.

Enfin, il serait faux d’opposer systématiquement autorités et vendeurs. De nombreux échanges ont lieu, et les responsables municipaux affirment laisser plusieurs mois aux vendeurs pour s’adapter. Les tensions restent réelles, mais les efforts existent également.

Ces nuances sont essentielles pour comprendre l’avenir de la street food à Bangkok.

La transformation des trottoirs de Bangkok est en marche, mais la passion pour la street food demeure intacte. Chaque initiative qui permet de préserver ce patrimoine vivant contribue aussi à maintenir l’identité chaleureuse et vibrante de la ville. À chacun désormais de soutenir ces vendeurs, où qu’ils s’installent, pour que leurs saveurs continuent de rythmer les rues thaïlandaises.

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Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.