« Il m’a coûté cher, le Pierrot ! » : fan de ses recettes depuis toujours, Georges rencontre enfin Pierre Perret à Moissac

Il arrive parfois qu’une passion silencieuse traverse toute une vie. Celle qui pousse à suivre un artiste, à l’écouter, à le lire, à cuisiner comme lui, presque à vivre à son rythme. Pour Georges, dit Jojo, cette passion a un nom. Et après des décennies à guetter ses conseils, il a enfin retrouvé celui qu’il appelle affectueusement « le Pierrot ». Ce moment attendu depuis soixante ans mérite d’être raconté.

Un lien tissé au fil du temps

Comprendre l’émotion de Georges nécessite de revenir à l’origine de ce fil invisible qui l’a relié à Pierre Perret tout au long de sa vie. À 81 ans aujourd’hui, cet ancien carreleur originaire de Tours n’a jamais cessé de suivre le chansonnier castelsarrasinois. Pas uniquement pour ses chansons. Mais aussi pour ce que beaucoup ignorent : son art de vivre, sa manière de parler de la table, du vin, des repas partagés.

Tout a commencé quand Jojo a acheté l’un des premiers livres de cuisine de Pierre Perret. Il y découvrait des anecdotes, des histoires de repas entre amis, et surtout des recettes racontées avec chaleur. Il se souvient avoir été séduit par cette simplicité gourmande. Et progressivement, ces recettes sont devenues les siennes. Chaque fois que le couple recevait des amis, il sortait son livre, cherchait la préparation parfaite, et cuisinait « à la Perret ».

Son épouse Jeanine confirme cela avec tendresse. Les saumons crus à l’aneth ont souvent ouvert leurs repas. Les cassoulets aussi, préparés avec des haricots tarbais, parce que ce sont ceux que Pierre Perret recommande. Ce détail précis, Jojo ne l’a jamais oublié. Et c’est cette fidélité presque studieuse qui a construit sa relation avec l’artiste.

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Mais cette admiration ne se limitait pas à la cuisine. À la moindre interview télévisée, au plus petit article, à chaque livre publié, Jojo était là. Toujours prêt à saisir un conseil gastronomique, particulièrement en matière de vin. On l’entend encore dire avec humour : « Il m’a coûté cher, le Pierrot ». Car à chaque chantier bien payé, Jojo s’offrait une bouteille recommandée par l’artiste. Des bouteilles qu’il servait fièrement, assurant à ses invités qu’ils buvaient un vin « à la Perret ».

Ce lien sentimental, tissé par la cuisine, le vin et la culture, prépare la scène de la rencontre tant attendue.

Un moment attendu depuis soixante ans

Pour Jojo, rencontrer Pierre Perret n’était pas un rêve, mais une évidence, comme un rendez-vous différé. Pourtant, malgré des dizaines d’années à le suivre, il ne s’était jamais rendu à une séance de dédicace. Non pas par manque d’envie, mais parce que la vie en avait décidé autrement.

Un hasard heureux a fini par tout changer. Lors d’un séjour au camping du Barcarès, Georges et Jeanine se sont liés d’amitié avec des Castelsarrasinois. Très vite, Georges leur a parlé de sa passion pour l’artiste. Et ces nouveaux amis ont décidé de lui offrir un cadeau inattendu : une visite guidée de Castelsarrasin, la ville de cœur de Pierre Perret. Jojo voulait voir les lieux qu’il mentionne dans ses chansons et dans ses livres, et surtout le fameux café des Deux-Ponts. Il en rêvait depuis des années.

Lorsque ces amis ont appris que Pierre Perret serait à Moissac il y a quelques jours pour présenter son nouveau livre « Mémé Anna » lors d’une rencontre organisée par la librairie L’Ancrier au Moulin de Moissac, ils ont immédiatement prévenu Jojo. Par chance, le couple se trouvait à nouveau au Barcarès. Il n’a fallu qu’un trajet pour que l’histoire prenne vie.

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Ce cadre était idéal. La salle débordait : il manquait de chaises tant le public était venu nombreux. Tous voulaient rencontrer Pierre Perret et découvrir « Mémé Anna ». Au milieu de cette foule attendait patiemment un vieil homme de Tours, le cœur battant, cherchant dans chaque instant un signe annonçant la suite de son histoire personnelle avec l’artiste.

Car il faut le rappeler : les deux hommes s’étaient déjà rencontrés. C’était en 1965, à l’Olympia de Tours. À l’époque, Pierre Perret faisait la première partie des Spotnicks. À la sortie du concert, l’artiste, encore au tout début de sa carrière, avait demandé à Jojo s’il connaissait un hôtel dans la ville. Et c’est lui qui lui avait donné l’adresse. Il en plaisante encore aujourd’hui : « Je vais lui demander s’il a bien payé sa chambre ».

Cette anecdote, vieille de soixante ans, donne à la nouvelle rencontre un parfum de retrouvailles. Et c’est précisément ce que souhaitait Jojo.

Une rencontre qui dépasse la star

Au-delà de l’attente, ce qui frappe dans cette histoire, c’est la proximité que Jojo ressent avec Pierre Perret. Il admire sa simplicité, sa manière d’être resté accessible malgré sa popularité. Il dit souvent qu’on ne parle pas assez de lui en France, qu’il mérite plus de lumière. Cette conviction explique pourquoi il est resté fidèle pendant toutes ces années.

Lors de la dédicace à Moissac, Jojo a volontairement attendu la fin. Il voulait éviter la cohue, s’assurer un moment tranquille. Quand son tour est finalement venu, l’échange a été à l’image de ce qu’il imaginait : léger, plein de petites taquineries, comme entre deux vieux copains qui se retrouvent.

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C’est là que réside toute la beauté de cette scène. Un artiste reconnu, un admirateur discret, et entre les deux une complicité immédiate, née de décennies de fidélité silencieuse.

Le sourire de Jojo au sortir de cette rencontre suffisait à comprendre que ce moment comptait. Il venait de refermer une boucle commencée en 1965. Une boucle faite de chansons, de cassoulets, de saumons à l’aneth, de haricots tarbais, et de bouteilles de vin un peu trop chères.

Pour lui, cela valait tout. Et sans doute plus encore.

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Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.