Ils cuisinent dans l’ombre, mais sans eux un tournage ne tiendrait jamais la route. Leur métier reste méconnu, pourtant il influence l’énergie de toute une équipe. Certains jours, une simple assiette chaude peut changer l’ambiance d’un plateau. Mais que fait exactement ce duo breton qui nourrit les équipes de cinéma à Paris comme en région ?
Leur quotidien intrigue, parce qu’il mêle logistique millimétrée, réveils à l’aube et une proximité rare avec les acteurs et techniciens. Et c’est justement cette combinaison qui rend leur rôle essentiel… même si peu savent vraiment en quoi il consiste.
Un métier vital sur un tournage, mais presque invisible
Sur un plateau de cinéma, tout semble tourner autour de la caméra. Pourtant, la réalité est bien plus vaste. Les maquilleurs, comme Charlotte Desnos sur Pourquoi pas nous ?, commencent dès 5 h du matin. Les coiffeurs, à l’image de Rachid Kadir, jonglent avec les exigences artistiques. Les techniciens montent, démontent, ajustent en continu. Ce rythme intense exige de l’énergie. Et cette énergie, ce sont souvent les traiteurs spécialisés – appelés caterings – qui l’apportent.
Lors du tournage du long-métrage Pourquoi pas nous ? avec Benoît Poelvoorde, tourné en partie à Plougasnou (Finistère), tout le monde attendait avec impatience un moment précis : le déjeuner de 11 h. Il ne s’agissait pas seulement d’une pause, mais d’un vrai sas de respiration dans une journée dense.
Ce vendredi 15 mai 2026, ils étaient environ 70 personnes à servir. C’est la moyenne pour ce type de production, comme l’explique Matthieu Raulet. Une cantine éphémère sous barnum, un camion aménagé en cuisine professionnelle, et deux personnes capables de nourrir une véritable petite armée.
Ces détails montrent à quel point ce métier est structurant pour la réussite d’un tournage, mais il reste pourtant peu connu du grand public. Et pour comprendre ce qui le rend si particulier, il faut découvrir qui se cache derrière ces repas.
Deux Bretons qui réinventent le catering de cinéma
Matthieu Raulet et Nausicaa Conquet ne rêvaient pas spécialement de cinéma. Ils viennent de la restauration traditionnelle, un univers exigeant mais codifié. Leur reconversion dans le catering de cinéma s’est imposée comme une évidence : plus de liberté, plus de débrouille, et surtout un rapport humain intense.
Leur mission est claire : fournir des repas équilibrés, réconfortants et adaptés aux besoins de chacun, quels que soient le lieu, la météo ou les contraintes du plateau. Ce ne sont pas des chefs isolés dans une cuisine fixe, mais des prestataires capables de s’installer partout, d’une grande avenue parisienne à une plage du Finistère.
Ce 15 mai 2026, ils avaient même préparé un dessert spécial pour l’anniversaire de l’actrice Camille Lou. Un geste qui montre à quel point ce métier dépasse la simple logistique. Il crée du lien, il soutient le moral, il fédère une équipe.
Leur rôle ne se limite donc pas à nourrir. Ils anticipent, adaptent, improvisent. Ils gèrent les quantités pour environ 70 repas, ajustent en fonction des imprévus et veillent à ce que chacun – des acteurs aux techniciens – trouve dans l’assiette ce qu’il lui faut pour tenir le rythme. Ce sens du collectif explique pourquoi leur travail est autant apprécié.
Mais pour comprendre la réalité de ce métier, il faut voir comment leur journée se déroule.
Une organisation millimétrée derrière chaque repas
Leur quotidien commence tôt, souvent avant le lever du jour. À 5 h du matin, lorsque les maquilleurs comme Charlotte Desnos débutent la préparation des comédiens, Matthieu et Nausicaa sont déjà à pied d’œuvre. Le camion-cuisine chauffe, les stocks sont vérifiés, les premiers plats mijotent.
Voici comment s’articule une journée type de catering sur un tournage :
- 5 h : mise en route du camion, préparation des petits-déjeuners pour les équipes matinales.
- 7 h : installation du barnum, vérification du matériel, adaptation au terrain (boue, vent, pentes, accès restreints).
- 9 h : début des cuissons longues, préparation des garnitures et plats chauds pour le déjeuner.
- 11 h : service du midi pour environ 70 personnes, souvent en plusieurs vagues selon les impératifs du plateau.
- 13 h : rangement, nettoyage, puis préparation d’éventuels snacks pour les équipes encore en action.
- Fin d’après-midi : retour au camion, gestion des stocks, anticipation du menu du lendemain.
Les repas doivent être équilibrés et variés : viande, poisson, options végétariennes, fromages (dont Rachid Kadir s’est servi une belle assiette ce jour-là), desserts maison. L’objectif est d’éviter la monotonie tout en maintenant une efficacité maximale.
Ce fonctionnement fluide repose sur une grande préparation, mais aussi une capacité à faire face aux imprévus. Pluie, coupure d’électricité, retard du tournage : tout peut arriver. Et tout doit être géré sans impacter l’équipe.
Une cuisine mobile installée à quelques jets de pierre du plateau demande une organisation comparable à celle d’un restaurant… avec les aléas en plus. Mais derrière chaque repas servi, il y a une méthode bien rodée.
Astucieux, adaptables et proches des équipes : les clés de leur réussite
La réussite du catering de cinéma repose sur plusieurs savoir-faire spécifiques. Matthieu et Nausicaa les maîtrisent grâce à leur expérience en restauration, mais surtout grâce au terrain.
Le premier atout, c’est la logistique. Un camion-cuisine ne laisse pas place au superflu. Chaque ustensile compte. Chaque déplacement doit être anticipé. Installer un barnum sur une plage de Plougasnou ou en plein Paris ne demande pas les mêmes techniques.
Le second, c’est la polyvalence. Ils doivent cuisiner, servir, gérer les stocks, écouter les demandes de chacun, tout en respectant des normes strictes d’hygiène. Le catering mobilise autant l’esprit d’équipe que les compétences culinaires.
Le troisième, c’est la relation humaine. Ils sont parfois les seuls à voir tous les membres de l’équipe dans la journée. Ils deviennent des repères, des visages familiers. Préparer un dessert d’anniversaire pour Camille Lou n’est pas anodin : c’est montrer que chacun compte.
Enfin, il y a l’adaptation culinaire. Entre les préférences individuelles, les régimes alimentaires et les contraintes horaires, il faut trouver le bon équilibre. C’est un défi quotidien, mais c’est aussi ce qui rend leur métier passionnant.
Ces compétences montrent que la réussite du catering ne repose pas uniquement sur l’art de cuisiner. Elle dépend d’une vision globale du tournage, dans laquelle le repas devient un moment clé.
Les pièges à éviter quand on cuisine pour un tournage
Ce métier demande de l’expérience. Certaines erreurs peuvent compromettre le service ou détériorer l’ambiance au sein de l’équipe.
Voici les écueils les plus fréquents :
- Mal évaluer les quantités pour 70 personnes, surtout lors des tournages en extérieur.
- Négliger l’importance du timing, élément central de la réussite d’un tournage.
- Proposer des plats trop lourds, qui fatiguent les équipes en milieu de journée.
- Sous-estimer l’impact de la météo sur la logistique du barnum et du camion.
- Manquer d’écoute envers les contraintes alimentaires spécifiques.
Ces erreurs montrent pourquoi ce métier demande une préparation minutieuse, mais aussi une grande capacité d’improvisation.
Leur travail restera peut-être dans l’ombre, mais sans lui aucun tournage ne se déroulerait avec la même fluidité. Et la prochaine fois que vous verrez une scène au cinéma, vous penserez peut-être à ceux qui, dès 5 h du matin, nourrissent celles et ceux qui la rendent possible.




