Alimentation et CO2 : pourquoi les moins de 30 ans sont les plus gros émetteurs selon une étude mondiale

Ils mangent davantage, choisissent plus souvent des aliments très carbonés et pèsent lourd dans le bilan alimentaire mondial. Pourtant, le groupe d’âge qui fait le plus progresser les émissions n’est pas forcément celui que l’on imagine.

Une étude internationale apporte un éclairage précis sur ce lien entre âge, habitudes alimentaires et climat. Elle montre surtout qu’une réponse utile ne peut pas être identique partout.

Pourquoi l’âge change le poids carbone de notre assiette

L’alimentation ne se limite pas aux calories consommées. Chaque produit a une empreinte liée à l’élevage, aux cultures, à la transformation, au transport et aux autres étapes de la chaîne alimentaire. En 2019, le cabinet I4CE estimait que l’alimentation représentait 28 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Une étude sino-néerlandaise publiée dans Nature Food s’est penchée sur la question à une échelle rarement atteinte. Les chercheurs ont analysé 141 produits selon leurs qualités nutritionnelles et leurs émissions de gaz à effet de serre.

Les données couvrent 149 pays, sur cinq années de référence : 2000, 2005, 2010, 2015 et 2019. L’objectif était de comprendre quels groupes d’âge contribuent le plus aux émissions dues à l’alimentation.

Le résultat bouscule une idée fréquente. Les personnes âgées sont nombreuses et vivent plus longtemps, mais les moins de 30 ans ont individuellement des régimes alimentaires souvent plus émetteurs. Reste à distinguer l’impact de chaque personne du poids de la démographie.

Les moins de 30 ans émettent davantage à cause de leurs choix alimentaires

Les adolescents de 11 à 19 ans représentaient 20,9 % des émissions liées à l’alimentation dans l’analyse mondiale. Les jeunes adultes de 20 à 29 ans comptaient pour 17,2 % de ces émissions.

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Cette part s’explique d’abord par une consommation alimentaire plus importante. Mais le contenu de l’assiette joue aussi un rôle central. Les jeunes consomment davantage de viande et de produits laitiers, deux catégories associées à des émissions élevées.

Leur alimentation comprend également plus de boissons sucrées et d’aliments ultra-transformés. Ces produits ont eux aussi un impact carbone élevé. Il ne s’agit donc pas seulement de manger plus, mais de choisir plus fréquemment des produits dont la production est plus lourde pour le climat.

La viande rouge est particulièrement concernée. Le bœuf, l’agneau et le veau figurent parmi les aliments les plus émetteurs. Les produits laitiers, notamment le fromage, ne sont pas neutres non plus.

Cette conclusion ne désigne pas une génération comme responsable à elle seule. Elle indique plutôt où la prévention peut être la plus utile : au moment où les habitudes alimentaires se construisent et s’installent. Mais à l’échelle des émissions totales, les seniors prennent une place grandissante.

Comment réduire l’empreinte carbone d’un repas sans négliger la nutrition

Le levier le plus direct consiste à modifier la place des aliments les plus émetteurs dans les repas habituels. L’étude ne recommande pas une solution unique pour tous les pays. Elle invite plutôt à adapter les changements au contexte économique et nutritionnel.

Dans les pays développés, dont la France, réduire la part des régimes très carnés constitue un axe important. Voici des repères concrets pour faire évoluer une assiette, sans prétendre remplacer tous les aliments d’un seul coup.

  1. Repérez les protéines les plus carbonées. Le bœuf émet environ 28 kg d’équivalent CO2 par kilo de viande consommée. Le veau atteint 22,5 kg et les crevettes 20,5 kg. Réserver ces aliments aux occasions moins fréquentes réduit fortement le poids du repas.
  2. Remplacez une partie de la viande rouge. Le poulet se situe à environ 4,5 kg d’équivalent CO2 par kilo. Les œufs sont à 1,9 kg. Le tofu est estimé à 1 kg et les lentilles à 0,5 kg.
  3. Composez des plats à base de légumineuses. Les lentilles peuvent prendre place dans une soupe, une salade, un curry ou une sauce. Elles apportent une option très différente du bœuf sur le plan des émissions.
  4. Surveillez les produits laitiers. Le fromage génère entre 4,5 kg et 6,3 kg d’équivalent CO2 par kilo. Son empreinte peut donc dépasser celle du poulet. Une portion plus modérée peut être compensée par d’autres éléments du repas.
  5. Réduisez les boissons sucrées et les produits ultra-transformés. Ils sont davantage consommés par les jeunes dans les données étudiées et leur impact carbone est élevé. L’eau et des aliments peu transformés offrent une autre direction.
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Le changement le plus efficace n’est pas forcément spectaculaire. Il peut commencer par plusieurs repas associant lentilles, tofu ou œufs, à la place d’une viande rouge régulière. Mais les choix individuels ne racontent pas toute l’histoire : la population et les revenus modifient aussi les émissions.

Population, revenus et régions : des mécanismes très différents

À l’échelle mondiale, la croissance démographique reste le premier facteur de hausse des émissions alimentaires. Chez les seniors de plus de 60 ans, ce facteur est particulièrement important. Leur nombre croissant explique la majeure partie de l’augmentation de leurs émissions.

Entre 2000 et 2019, les personnes âgées ont contribué à 25 % de la hausse des émissions liées à l’alimentation. Cette augmentation totale atteignait 2,1 gigatonnes d’équivalent CO2. En Europe, les plus de 60 ans représentaient 26,5 % des émissions alimentaires en 2019.

Dans les pays à hauts revenus, la progression des émissions est principalement portée par les seniors. Les chercheurs observent des tendances proches dans certains pays à revenus moyens à élevés, comme la Chine et le Brésil.

Dans d’autres catégories d’âge, la hausse des revenus compte davantage. Quand les revenus progressent, la consommation de viande tend aussi à augmenter. Ce lien est particulièrement puissant en Inde et en Asie du Sud, où les revenus ont fortement progressé entre 2010 et 2019.

Ces contrastes montrent pourquoi une stratégie mondiale uniforme serait inadaptée. Un même aliment et un même geste n’ont pas la même signification dans toutes les régions.

Ce qu’il faut éviter : croire qu’un régime durable est identique partout

La première erreur serait de faire de la baisse des émissions le seul critère d’une politique alimentaire. Les auteurs soulignent que, dans des pays à faibles revenus en transition alimentaire, l’augmentation des émissions peut correspondre à une amélioration de la qualité nutritionnelle.

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En Afrique subsaharienne, l’augmentation de la population explique principalement la hausse des émissions. Les revenus par habitant progressent moins vite que les prix. Ils contribuent donc négativement aux émissions, car les ménages disposent de moins de ressources pour consommer des produits plus carbonés.

L’Europe présente aussi un effet négatif des revenus sur les achats alimentaires. Les revenus n’y ont pas assez augmenté pour stimuler la consommation. En revanche, les choix alimentaires expliquent la hausse : davantage de viande et de produits laitiers, dans toutes les classes d’âge.

Il faut aussi éviter de réduire le sujet au seul transport. Même une viande de bœuf élevée localement reste associée à environ 28 kg d’équivalent CO2 par kilo consommé. La nature du produit reste donc déterminante.

Une prévention ciblée peut faire évoluer les habitudes

Les chercheurs recommandent une prévention renforcée auprès des plus jeunes, afin d’orienter les régimes vers des solutions plus soutenables. En France et dans les pays développés, diminuer la fréquence de la viande rouge et valoriser les lentilles, le tofu ou les œufs est un point de départ concret.

L’enjeu consiste à construire des habitudes compatibles avec le climat, sans oublier que la nutrition et les réalités économiques diffèrent profondément d’un pays à l’autre.

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Gaston L.
Gaston L.

Gaston L. est passionné par la cuisine populaire française et les ambiances de brasserie. Il partage ses expériences gourmandes pour aider les lecteurs à savourer La Rochelle sans casser leur tirelire.